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V – Pourquoi j’écris ? |
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| Pierre-Yves Roubert, auteur |
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Écrivain public et éditeur, Pierre-Yves Roubert travaille également sur une œuvre qui lui est propre.
Outre quatre biographies, quatre monographies et un essai parus depuis 1996, dix romans ont été écrits à ce jour, cinq ont été publiés, les autres demeurent à l’état de manuscrits.
Les textes ci-dessous sont classés par thèmes. Mais pour P.Y.R., la forme compte autant que le fond. « Un écrivain n’est pas qu’un raconteur d’histoires », dit-il. De fait, la valorisation de l’écriture, la recherche du style approprié au sujet, l’adéquation entre la narration et « le point de vue », font partie intégrante de son travail (voir aussi Pourquoi j’écris ? en fin de rubrique). |
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| I – Romans policés |
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Regard sur la vie de province
Qu’est-ce que la province aujourd’hui ? Le terme est-il dépassé ? D’avant-garde ? Le regard des autres est-il plus pénalisant à Brive, Corrèze, ou à Paris ? Quelles sont les bonnes conditions environnementales pour l’épanouissement personnel ?
Autant de questions qu’aborde Le Quart-Sud-Ouest, publié en 1997, à travers la première année d’un jeune cadre parisien projeté à la tête des services municipaux d’une ville moyenne. Écrit dans un style qui fait de chaque phrase une formule choc, les aventures de ce Rastignac de sous-préfecture nous montrent quelles sont les étapes à franchir pour devenir un provincial bon teint, admis comme tel. Le Quart Sud-Ouest, sous-titré Une année pleine dans un pays béni des dieux, est une savoureuse chronique des mœurs dans la France d’aujourd’hui, aussi profonde que séduisante… malgré tout.
Le piano-bar de Tulle, publié en 1999, qui peut être lu comme la suite du précédent, reprend les mêmes thèmes, auxquels s’ajoutent les querelles de clocher entre deux villes aussi sœurs qu’ennemies. Le héros se dédouble ; un métier dans une ville un métier dans l’autre, une femme ici une autre là, un comportement à Brive un autre à Tulle, etc. Peut-on vivre en province et viser l’absolu ? S’affranchir de carcans millénaires ? Nourrir ses enfants et jouer du piano dans un bar ? Rechercher la campagne le jour et la ville la nuit ? Aimer librement selon son cœur ? Ce roman tente quelques réponses audacieuses.
En 2006 et 2007, P.Y.R. a repris et remanié ces deux textes auxquels il a ajouté une grande troisième partie, le tout formant un nouveau roman, La vie de province, qui se veut un regard sur la vie dans la province française au début du troisième millénaire, ainsi qu’une réflexion sur le rapport entre le lieu où l’on vit et la manière dont on vit.
Début de la troisième partie : « Après cinq années de patrouille à la frontière de l’administratif et du politique, trois ans de commandos à la guitare et au piano, je sévissais désormais dans une feuille de chou grimée en hebdomadaire, avec pour seules armes un stylo et un appareil. Y avait-il une cohérence dans mon parcours ? Politiques, artistes, journalistes, même combat ? En France, oui. Les journalistes et les politiques partageaient des privilèges, que les « artistes » pleuraient au crochet des uns et des autres. Pour cette raison, j’avais cessé de vouloir gagner ma vie avec mes instruments. Oh, j’y serais arrivé. J’y étais presque. Mais pour y parvenir tout à fait, il aurait fallu que j’accepte un statut dans lequel j’aurais été payé douze mois pour quatre travaillés – un tiers de mi-temps –, et que je m’acoquine avec les fonctionnaires de la Direction Régionale des Affaires Culturelles. C’était au-dessus de mes forces ».
Exercices de féminisation 
P.Y.R. s’inquiète de la négation des différences sexuelles et de la masculinisation de la société. Agressivité, mépris de la tendresse, rapports de force, les femmes singent les hommes dans leurs aspects les plus détestables.
Dans Le moi de la femme, publié en 1998, P.Y.R. écrit au féminin. Son « Je » est Irène, une femme comme beaucoup d’autres, que l’on découvre jusque dans ses pensées intimes. Roman tout aussi bien de la solitude que de la passion, ce texte nous permet d’entrer dans les préoccupations essentielles d’une femme d’aujourd’hui, qui est celle de toujours. P.Y.R. s’est glissé dans sa peau, il a suivi son infatigable mouvement de balancier entre l’amour et le désir, le quotidien et l’absolu. L’homme est devenu femme.
Elle était une, publié en 2002, raconte l’histoire de Ruth, une femme qui lutte contre le sort : l’irrespect d’un mari, l’ennui au travail, l’accident de sa fille, le cancer qui l’assaille. Malgré les coups, elle veut rester femme : belle, gaie, lucide et positive. Y parviendra-t-elle ? Ils sont deux à l’aider : Anna l’amie fidèle, et Lui l’amant mystérieux. « Ce monde n’est pas fait pour les femmes », dit-on à Ruth. Est-ce pour cela qu’elles disparaissent ? Mais quand on n’a plus le choix, reste la manière. Tout est dans la manière…
Début : « La voiture s’enroulait autour de la terre, et Ruth se disait qu’elle était en train de scotcher le monde, comme si elle renforçait au chatterton une balle de carton improvisée. Elle voulait protéger le globe pour mieux le posséder, le couvrir de caresses, de rires et de larmes, puis taper dedans jusqu’à épuisement, comme un petit Brésilien qui shoote pieds nus dans une vieille boîte déjà bien cabossée. Cabossée, mais toujours bonne à jouer, il n’y avait que ça de toutes façons et Ruth savait que c’était maintenant ou jamais. Maintenant qu’il fallait partir dans toutes les directions, s’étaler de tout son long sur les herbes et les sables, profiter du soleil et de la lune, dépasser enfin les limites du possible qu’on situait toujours trop bas. Elle osait passer la tête par la fenêtre et ses cheveux se mettaient à danser ; l’air lui rentrait dans la gorge ou filait derrière ses oreilles. Elle prenait ce qu’elle pouvait et elle voulait encore. Ses yeux aussi se remplissaient d’oxygène, elle respirait comme on mange, boit ou aime. Sa main attrapait puis relâchait, elle touchait mais ne gardait pas. Ne plus s’attacher surtout, prendre, profiter, continuer. Foncer. »
Exercice de masculinisation 
Pastiche au masculin du célèbre récit de la trentenaire anglaise, Le journal de John Bridge (non publié) nous entraîne dans les pensées d’un homme de 37 ans, juste divorcé, en manque de temps et d'argent, insatisfait des femmes qu'il s’efforce de séduire, papa poule, gros travailleur et soucieux de sa petite entreprise.
Ses objectifs dans la vie ? Avoir quatre maîtresses, être un bon père, devenir riche, et signer un gros contrat.
Nous le suivons au jour le jour dans ses quêtes, et nous partageons le sel de sa vie durant quelques mois frénétiques.
Quand les hommes liront dans les pensées des autres 
La Puce (non publié) est un roman dans lequel deux chercheurs, une jeune femme séduisante et un professeur mystérieux, ont mis au point une puce qui, insérée dans le cerveau des individus, les rend capables de lire les pensées des autres…
Le cerveau et l'esprit sont-ils deux choses distinctes ? Jusqu'où peut-on modifier l'homme ? Dans quel but ?… Neurosciences, nanotechnologies, évolution des sociétés et comportements humains, telles sont les toiles de fond de ce livre qui préfigure notre futur proche. Tout cela avec du rythme, du style et de l'action.
Que serait la vie si l’on pouvait lire les pensées des gens en face de nous ? Enfer ou paradis, oppression ou délivrance ? La Puce pose le problème de la liberté, dans un monde où tout le monde pourra bientôt tout savoir sur tout le monde.
Comment transmettre d’une génération à une autre ? 
Dans Les leçons du vieil homme (non publié), le narrateur est un homme qui se souvient de ses 14 ans et de sa rencontre avec un septuagénaire qui sut lui donner les clés d’une existence épanouie.
Sur le banc de la grand-place où ils se retrouvent, le jeune et le vieux échangent leurs expériences, définissent des objectifs, tirent des enseignements. Où l’on voit que l’apprentissage est un jeu, la transmission un art, et que l’on fait beaucoup de choses avec de l’amour et de la volonté.
Un texte enthousiasmant pour jeunes et moins jeunes, vieux et moins vieux, écrit à la deuxième personne du singulier, qui redonne envie, confiance en soi et en l’existence.
Écriture en apesanteur 
Pas de verbe être et avoir, pas de noms propres, pas de temps passés. Telles sont les règles de base que s’est fixé P.Y.R. pour la rédaction de La fin de semaine (non publié), un texte dès lors empreint d’une sonorité peu commune.
Sans les pesanteurs de la possession, de l’identité et de la mémoire, on suit avec un étonnant plaisir les pas d’un marcheur solitaire qui, le temps d’un week-end, nous offre son regard et ses rencontres dans un Paris mystérieux et fascinant.
Prouesse d’écriture, exercice jubilatoire, La fin de semaine est un objet littéraire à déguster lentement, comme un chocolat avec un bon café.
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| II – Romans policiers |
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Quelle est la raison des meurtres qui ensanglantent Brive-la-Gaillarde et sa région ? Y a-t-il un lien entre eux ? Pourquoi sont-ils si spectaculaires ? Le maire panique, le commissaire enquête. La population a peur…
Au marché de Brive-la-Gaillarde (1 – Peur sur la ville), publié en mai 2008, est le premier tome d’une trilogie policière qui voit un commissaire, un juge, un maire et une ville entière faire face à des crimes sans aucun lien apparent.
Le lien apparaîtra plus tard, dans le second tome, à paraître en octobre 2008, et le troisième tome, au printemps 2009. Il faudra d’abord que soient résolues certaines énigmes et que l’on comprenne les motivations de celui ou ceux qui se cachent derrière « le tueur ».
Extrait : « Le commissaire Chautard n’avait pas peur. Il était juste accablé. Ça faisait beaucoup. Certes, il n’était pas mécontent de se colleter avec du consistant, d’une part parce que c’était intéressant, d’autre part parce que ça justifiait son poste. Mais quatre crimes consécutifs, une ville terrorisée, des pressions infernales, c’était lourd à porter pour un seul homme.
Car, il avait beau être entouré de policiers et couvert par l’institution judiciaire, il était seul en première ligne. En fait, ce n’était pas tant les familles des morts et les peurs de la population qui étaient dures à supporter que les attitudes qu’elles entraînaient chez les responsables politiques, administratifs et médiatiques. « Alors, Commissaire, ça avance ? ». « Vous allez l’arrêter, hein Commissaire ? ». « Rassurez-moi, Commissaire, nous n’allons pas tous nous faire tuer les uns après les autres ? ». On attendait de lui la solution et il ne l’avait pas ».
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| III – Travaux en cours de réalisation |
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Aphorismes de combat 
Le mensonge religieux, les difficultés du quotidien, le poids des paradoxes, les prémices de l’avenir, la France… Tels sont quelques-uns des thèmes traités dans Pour l’intolérance à coup de mots pesés et concentrés.
Concision de l’expression, force de la pensée, ces phrases mettent à jour fourvoiements et aveuglements. On pense à Cioran en lisant ces obus littéraires, ainsi qu’à quelques penseurs libres de notre temps : Maurice Dantec ou Michel Houellebecq par exemple.
Ces aphorismes, stigmates de notre agonie, montrent l’étendue des dégâts. Ils laissent entendre pourtant qu’un sauvetage est possible, à condition que nous cessions de tolérer ce qui nous tue.
Profondeurs poétiques 
La poésie est-elle légèreté ? Elle doit être quintessence en tout cas, substantifique moelle. Dans ces Antidotes, celle de P.Y.R. est aussi fluide dans sa forme que riche dans son contenu. Qu’ils explorent la nuit, l’amour, la solitude, l’histoire ou la géographie, les poèmes de P.Y.R. révèlent les parts des êtres et des choses que, enfouies, recouvertes, trop évidentes, on ne voit pas d’habitude.
Car il s’agit bien là d’un regard novateur. Les rythmes, les harmonies et les mélodies littéraires de cet ensemble de textes nous révèlent autant de vérités que de beautés. Là encore, c’est une conception utilitariste de l’écriture qui prévaut.
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| IV – Autres ouvrages publiés |
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Biographies :
André Lalande, droit fil dans la trame de l’histoire, 1997
Charles Ceyrac, le plus beau villageois de France, 1998
De O’Cleer à Le Clere, histoire d’une famille venue d’Irlande, 2002
Pierre Roques (1925 – 1994), 2006
Monographies :
Le livre de Carsac-Aillac : monographie communale, 1996
Le Centre d’Études de Gramat, 40 ans au service de la Défense nationale, 2000
Le parachutage de Moustoulat, 14 juillet 1944. L’opération Cadillac à Monceaux-sur-Dordogne, 2004
Aux Hommes qui LEHM, les 100 ans des établissements Machat, 2006
Essai :
Passeront-ils le millénaire ? Les célébrités vues par un esprit simple, 1999
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| V – Pourquoi j’écris ? |
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J'ai longtemps considéré que la littérature n'avait ni importance ni influence, et qu’en conséquence la question du rôle de l’écrivain était sans objet. Les plus grands chefs-d’œuvre n’ont en rien changé le cours des choses, parce que les leçons qu’ils contiennent ne sont pas lues ou pas retenues par suffisamment d’hommes et de femmes.
S’ils sont les outils que j’utilise pour mon métier, les mots me semblaient ainsi dotés d’un pouvoir limité. Mais deux phénomènes sont apparus ces dernières années qui m’ont poussé à reconsidérer ma position sur l’usage que l’on peut en faire :
le lancement simultané de certains livres aux quatre coins de la planète amène des millions d’individus à recevoir en même temps les mêmes mots, décrivant les mêmes faits, traduisant les mêmes idées. Leur impact est encore augmenté par la médiatisation et le phénomène de mimétisme qu’elle entraîne. Le jour où ces lancements universels concerneront des livres autres que des thrillers formatés ou des biographies attendues, il n’est pas impossible alors qu’ils provoquent des évolutions individuelles et collectives durables. On verra ainsi des Américains, des Européens, des Africains et des Asiatiques bouleversés modifier points de vue et comportements après lecture d’un livre et discussions à ce sujet. À cet égard, le Harry Potter de la Britannique J.K. Rawlings peut apparaître comme le précurseur de héros à venir qui chambouleront non seulement l’imaginaire des enfants mais également le quotidien des adultes ;
l’homme disparaît. Les derniers endroits cléments de la planète sont en train de devenir eux aussi impropres à la vie humaine. Les responsables de la politique, de l’économie et de l’information, qui ne sont pas tous des imbéciles, négligent les questions essentielles et amusent la galerie avec de faux problèmes pour jouir au mieux de leurs petits pouvoirs. Résultat : certains meurent d’avoir trop, d’autres de n’avoir pas assez. La durée de cette injustice crée des tensions génératrices de conflits majeurs. En s’opposant les uns aux autres, les affamés et les gavés vont accélérer leur trépas, précipiter la fin de l’espèce. La disparition d’une espèce n’est pas très grave en soi, elle est même dans la logique de l’évolution, dans le sens de l’histoire. Mais il se trouve que je suis un homme, c’est-à-dire un des membres de cette espèce en voie d’extinction. Or, je ne peux pas me laisser mourir sans réagir, au moins pour limiter mes souffrances et celles de mes proches.
Depuis cette double prise de conscience, mon objectif littéraire a changé. Jusque-là, j’écrivais des romans et des livres pour le plaisir et pour gagner ma croûte. J’essayais d’écrire juste et d’écrire beau, pour satisfaire quelques lecteurs et mon ego.
Aujourd’hui, si je prends mon stylo, ce n’est plus seulement dans un souci artistique ou financier, mais pour résister. Résister à l’avènement de la bêtise et de la violence, résister à l’anéantissement de la civilisation, résister à la mort. C’est difficile parce que l’ennemi de l’homme, c’est l’homme. Et il n’y a rien de plus dur que de ramener à la vie quelqu’un qui n’en veut plus. C’est difficile aussi parce que je n’ai aucun titre, aucun pouvoir, aucun relais.
Mais je veux essayer. Essayer de me battre avec la seule arme dont je sache à peu près me servir : mon clavier. Une arme dérisoire, mais la seule que j'aie à ma disposition. Une arme qui me permettra peut-être de toucher quelques personnes et de les inciter au sursaut. Ambition folle, vanité peut-être. Mais dit-on à l’homme qu’on va tuer qu’il ne sert à rien de crier et d’en appeler au monde ?
© P.Y. Roubert |
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